Forme narrative et principes du développement musical dans la Symphonie fantastique de Berlioz
Si nul ne conteste à la Symphonie fantastique le statut de chef-d'oeuvre, la question de la cohérence formelle reste d'actualité. Doit-on la justifier uniquement en fonction de son programme ou négliger celui-ci et porter sur elle un regard 'formaliste' sous le prétexte que la musique 'pure' serait supérieure à la musique accompagnée d'un discours littéraire ? En tentant de poser la question autrement, cet article se propose de décrire la logique qui préside à son agencement et de dire en quoi celle-ci dépasse le cadre du programme tout en lui étant pourtant indissociablement liée. L'observation des modèle beethovéniens et français à travers certains écrits de Berlioz permet de mieux définir le projet du compositeur. Ce qu'il appelle le 'genre musical expressif' consiste à attribuer au développement musical une structure narrative. Paraphrase littéraire d'une forme musicale qui contient en elle-même sa validité, le programme offre néanmoins à l'analyste de précieuses indications. De la comparaison de quelques analyses déjà réalisées, de l'étude du développement rapporté à la courbe tonale, du détournement des processus formels traditionnels, enfin du relevé des situations et procédés récurrents d'un mouvement à l'autre, il se dégage la perception d'un discours musical linéaire et téléologique. L'oeuvre progresse inexorablement vers sa péroraison : étape par étape, elle met en scène la transformation ou la destruction de ses divers matériaux thématiques. En cela, elle est bien narrative par delà son programme. Quelques remarques sur la place historique de la Symphonie fantastique servent de conclusion.
Numéro : vol.II, n°1