Tempus, tactus, proportions et barres de mesure : la perception du temps dans le manuscrit Bourdeney de la Bibliothèque Nationale
Un des premiers manuscrits en partition de l'extrême fin du XVIème siècle, le manuscrit Bourdeney (Rés. Uma ms 851) de la Bibliothèque Nationale de France, conserve un répertoire varié généralement compilé d'après des sources imprimées. La mise en partition de ces répertoires transmis en parties séparées (de Josquin des Prés à Claudio Merulo) présente en soi des considérations de mise en page et de visualisation de la musique qui vont bien au-delà de ce qu'il est possible de faire en parties séparées : les aspects visuels de la copie et les aspects conceptuels sont ici inextricablement liés. Lorsque le copiste se penche sur Josquin des Prés, et notamment à travers la copie de sa messe de L'homme armé super voces musicales, qui représente pour Josquin un sommet dans la spéculation mensurale et pour le copiste un témoignage d'un système de notation rythmique déjà éloigné, les solutions imaginées pour parvenir à superposer sans ambiguïté une notation qui repose en partie sur l'équivoque atteignent un degré de sophistication rationaliste très symptomatique de l'évolution de la pensée métrique au tournant du XVIIème siècle.
Alice Tacaille est maître de conférence à l'université de Paris Sorbonne (Paris IV).
Numéro : vol.XI - n°3